Articles de presse

Al Wajbah Palace

Doha, Qatar

Léonardo

Strasbourg, Schiltigheim

Jiko

Orlando

Création d'un concept africain avec des influences indiennes, européennes et américaines.

 

La carrière de Serge Burckel confine à l'épopée. C'est le Magellan des pianos, il a fait le tour du monde et de la question. Plusieurs fois. Et contrairement à ce que prétend le proverbe, il a beaucoup amassé au cours de ses pérégrinations. Pas du fric, ça non, - je l'ai même vu meubler un de ses restaurants avec sa batterie d'ancien rocker parce qu'il avait tout investi dans sa batterie de cuisine- mais des savoirs, des sensibilités, des techniques, la connaissance des produits de partout.

Là sont ses vraies richesses. Résultat : il est capable chez Mickey de transcender un hamburger, à Hong Kong (j'y étais avec quelques jeunes restaurateurs européens) un plat de nouilles aux crevettes, ou, chez lui, une simple choucroute. Sans jamais cesser de faire de la grande cuisine, quoique ce terme, furieusement connoté pompes et flaflas, soit opposé à son tempérament et à la nature de son travail, marqué par la sûreté du geste et l'incroyable variété de l'inspiration. Et par l'humour ; je connais très peu de cuisiniers capables de s'amuser avec tant de sérieux.

Burckel est alsacien. Il aurait pu le rester, il l'est périodiquement redevenu, mais c'est surtout un aventurier du goût à l'exigence jamais entamée. Parce qu'il croit en son talent et en sa bonne étoile. De ce point de vue, sa trajectoire ressemble d'ailleurs à celle du Petit Prince : les étoilés, les étoiles, il les a collectionnés sous tous les cieux. Et les toques. Et les macarons.

Parfois aussi les chutes, et c'est assez normal : l'élan, chez ce genre d'artiste, peut quelquefois se heurter aux dures murailles de la réalité. Burckel a toujours su rebondir. Et quand Burckel rebondit, ce sont les murs qui se plaignent.

Récemment, l'épopée faillit même basculer dans le conte de Mille et une nuits. Shéhérazade s'appelait en fait Sabine, elle arrivait de l'autre versant de la planète cuisine : les nourritures rapides, le management, le relationnel. Ils étaient faits pour ne pas s'entendre ; ils firent un bel enfant et ne se marièrent pas. Inutile. Ils se complétaient trop bien pour qu'il soit nécessaire de vérifier. Deux moitiés d'orange qui embarquèrent non pour Cythère mais pour la cour d'Ali Baba, au terme d'une nouvelle aventure commencée dans les environs de Strasbourg pour se prolonger dans les cuisines du palais de l'émir ou de la reine pour être exact -là-bas, c'est chacun sa cuisine. Luxe illimité, calme un peu trop calme, voluptés limitées. Une nouvelle -et très riche- expérience à ajouter à la saga. Episode fructueux mais où le talent risquait de se perdre comme un oued dans le désert. Voici donc le couple reparti vers de nouveaux horizons, vers une cuisine plus personnelle, vers une vie moins confortable sans doute, mais plus conforme à leurs aspirations profondes. Nulle cage, même dorée, ne saurait retenir la passion.

A bien y regarder, ce qu'il faut retenir de ce parcours exceptionnel et de cette rencontre mature (pour les détails, voir biographies), c'est ce qu'on doit nommer la quête de l'essentiel. Lequel tient en trois mots simples : liberté, intégrité, créativité. Si en cuisine ces mots ont encore un sens, voici l'homme et voici la femme.

Jean Maisonnave


 

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